Enfants méfiez-vous des miroirs ! Surtout quand tombe le soir, Quand le chien-loup du crépuscule Hurle à la nuit dans la pendule : A l’heure où le jour va dormir S’éveille le miroir vampire.
Car cette glace familière Où se mirent les écolières Après les belles jadis, Cette glace, je vous le dis, Abrite un monstre sans visage Qui veut dévorer vos images.
Le monstre du miroir attend Le temps qu’il faut, il a le temps, Tapi dans son luisant dédale, Salles de neige et de cristal, Il attend sans un mouvement L’instant d’agir, le bon moment.
Quand les yeux dorment, lui se lève Et, tirant profit de vos rêves, Sort du verre et marche invisible Pour aller boire l’eau limpide Des beaux visages endormis C’est de la jeunesse qu’il vit !
Puis il regagne en grand silence Son froid palais de transparences Et vous ne verrez au réveil A la lumière du soleil Qu’un visage presque pareil Un peu griffé par le sommeil.